Petit jeu entre amis

Pendant un cours de philo, un prof montre à ses élèves un livre noir et dit : « ce livre est rouge ».

Tout le monde dit : « ben non, il est noir ».

Puis, il tourne le livre. Le verso est rouge.

Il poursuit : « ne dites jamais à quelqu’un qu’il a tort jusqu’à ce que vous ayez vu les choses de son point de vue ».

 

Ne pas voir les deux couleurs du livre vient d’un problème de perception, d'attention à ce qui est. Et il est vrai que bien souvent, on ne prend pas le temps d'observer, de se questionner sur les choses dans leur réalité complète. On se laisse alors aller à une interprétation trop rapide, empreinte de nos conditionnements inconscients.

 

Mais étudions de plus près ce que dit le prof.

Êtes-vous d’accord avec sa conclusion ?

Prenez le temps d’y réfléchir avant de lire la suite.

 

Il parle de "point de vue". Fait-il allusion à la perception (physique) ou à l'interprétation (conséquence d’un mode de pensée) ? Son message appelle-t-il à l'analyse objective qui mène à une conclusion rationnelle, au plus près de la réalité (ce livre a deux couleurs) ? Ou bien prêche-t-il la tolérance de point de vue, c’est-à-dire l'acceptation de l'interprétation de chacun•e (l'autre le voit noir donc a, en quelque sorte, raison de penser et dire qu’il est noir) ?

 

Si l’on extrapole cette situation aux croyances, avis, opinions que nous rencontrons au quotidien, prendre en compte le fait qu'une personne ait un regard personnel issu de son éducation, ses expériences passées ou ses peurs permet certes de mieux la comprendre et de s’y adapter si besoin… Et c’est bien utile pour vivre en société ! Mais attention aux raccourcis ! Cela ne veut pas dire qu’il faille forcément considérer ce regard comme valable.

 

Lorsqu’une idée défendue est réfutable (c’est-à-dire lorsqu’elle peut être vérifiée, prouvée ou infirmée) et qu'elle est erronée, alors accepter cette idée parce que « c’est la vérité de l'autre », au nom de la tolérance ou de la paix sociale, ne règlera pas le problème de l'opposition des uns contre les autres, d'un avis contre un autre. 

Mettre le jugement de l'autre (ce livre est noir) au même niveau qu’un fait avéré (ce livre est rouge et noir), ne mène pas à un monde sans conflit, mais à un monde de confusion. Et la confusion ne mène pas à la paix.

 

Un point de vue qui trouve son origine dans l’ignorance ou le dogmatisme ne peut mener le croyant (au sens large) qu’à une dissonance avec le réel, voire avec les autres. Il ne fait qu'entretenir des divergences, des oppositions, des divisions qui pourraient être évitées. Ce "point de vue" n’a pas à être encouragé ou respecté.

 

Une fois qu’on a dit ça concernant les autres, il ne nous reste plus qu’à l’appliquer à nous-mêmes !

Camarades du monde entier, faisons l'effort d'une réflexion méthodique et attachée à bien différencier nos perceptions de nos interprétations !

 

Disséquons allègrement nos idées préconçues et nos conditionnements mentaux !

- Élisabeth Feytit

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